"Oscar de Incontrera: Il libro di Latino di luigi XVII a Trieste"



Quasi tutti conoscono la triste vicenda del Delfino di Francia: Louis XVII (1785-1795).
Louis Charles de France, futuro Luigi XVII, duca di Normandia, fu il secondo figlio maschio di Maria Antonietta e divenne delfino alla morte del fratello maggiore Louis-Joseph (1781-1789).

Chiamato affettuosamente dalla madre "Chou d'amour", venne rinchiuso con la famiglia nella torre del Tempio e dato poi in affidamento al calzolaio Simon. " Morì " in prigione nel 1795.

Alcuni studiosi credono all'evasione del bambino dalla prigione del Tempio, altri no.
Su questo argomento sono stati scritti centinaia di libri da ambo le parti e ancora oggi il dibattito è più acceso che mai.
La morte è avvenuta in circostanze misteriose ed ancora non chiare, ed in ogni caso sono stati troppi i morti coinvolti in questa misteriosa vicenda.
Non vogliamo, qui, addentrarci nella discussione in merito, che se pur appassionante, è troppo complessa e lunga da raccontare.
A trieste abbiamo una preziosa reliquia di questo bambino, vittima innocente della crudeltà dei rivoluzionari nel periodo del terrore.
Un libro di Latino che era appartenuto al fanciullo.

Pochissimi conoscono un articolo che l'erudito storico triestino Oscar de Incontrera aveva pubblicato nei suoi studi sulla vita degli emigrati francesi a Trieste. Noi ve lo proponiamo ritenedo sia poco conosciuto.



Oscar de Incontrera

Un précieux manuscrit de notre bibliothèque municipale:
La grammaire latine de Louis XVII

Il existe dans notre bibliothèque municipale dans la section Manuscrits, sous le numéro 1-29, un ouvrage peu connu, et plus précisément, une émouvante et précieuse relique du Dauphin de France, fils du Roi Louis XVI et de la Reine Marie-Antoinette.
Ainsi qu'on le sait, le Dauphin, selon les actes de décès, d'autopsie et d'ensevelissement, mourut dans la prison du Temple, à dix ans et deux mois, le 8 juin 1795. Mais, du point de vue historique, on ne peut démontrer de façon irréfutable, que l'enfant décédé à cette date ait été, dans les faits, celui que l'Europe coalisée et les royalistes reconnaissaient tous comme Louis XVII, Roi de France. De nos jours encore, de nombreux historiens rêvent d'une possible évasion et d'autres, de façon plus réaliste, pensent que la mort est survenue à une date antérieure, et que la république, en vertu d'intérêts politiques supérieurs, l'occulta en mettant un autre enfant à la place du petit Prince décédé.

Le manuscrit, conservé à notre bibliothèque municipale, est le petit traité élémentaire manuscrit de morphologie latine, dont se servit Louis XVI pour apprendre à son malheureux jeune fils les rudiments de la langue Iatine.

Nous savons que la famille royale fut enfermée dans le donjon de la demeure des chevaliers du Temple, qui, imposantè avec sa tour massive, se dressait du centre de Paris le 13 août 1792, deux jours après le second èt victorieux assaut contre le Palais des Tuileries.

Nous savons encore que le Dauphin Louis Charles demeura dans la petite tour avec toute sa famille jusqu'au 24 octobre, et ensuite, seul avec son père, au second étage de la grande tour carrée, jusqu'au 11 décembre, jour où débuta le procès qui devait conduire le Roi, déposé, à la guillotine, le 21 janvier 1793. Le 25 octobre donc, le petit Prince fut transféré à l'étage supérieur, où étaient enfermées la Reine, sa mère, la soeur célibataire du roi, Madame Elisabeth, et sa propre jeune soeur, Madame Royale, Marie- Thérèse Charlotte, celle-ci future Duchesse d'Angoulême, qui a sa tombe, avec cinq autres Princes de sa Maison, à Gorizia, au couvent franciscain de Castagnavizza.

Durant les quatre premiers mois de sa captivité au Temple, Louis XVI donna, à son fils âgé d'un peu plus de sept ans, des leçons d'écriture, de grammaire française, d'arithmétique, de géographie, d'histoire, et lui inculqua les premières notions de la langue latine. En attestent les plus anciens biographes du Dauphin (1) , ainsi que les devoirs et cahiers de l'enfant, avec les corrections de la main de son père, qui sont conservés au Musée Carnavalet et aux Archives Nationales. Aux Tuileries déjà, Louis XVI s'était fait le professeur principal de son fils, et c'est pour cette raison, qu'aussitôt après son emprisonnement au Temple, il demanda à pouvoir disposer des livres dont il s'était servi jusque-là, à cet effet. Parmi ceux-ci, on lui envoya la petite grammaire latine , qui est, presque certainement, la même que celle que nous possédons à la bibliothèque municipale.

Hüe (2) , officier de la chambre du Roi, écrit dans ses Souvenirs, que "dans la petite tour du Temple, Louis XVI dut la chance de trouver, demeurée en place, la bibliothèque du chancelier de l'ordre de Malte, qui avait occupé les lieux jusqu'alors, et qu'elle lui fut d'un grand secours dans la vie oisive de prisonnier qui était la sienne désormais. Il se jeta donc dans la lecture, et dans l'intention de se réhabituer à l'usage de la langue latine et d'en inculquer, durant la captivité, les premières notions à Monseigneur le Dauphin, le Roi se mit à traduire les odes d'Horace et, de temps à autres, Cicéron ".

Notre opuscule porte le titre " Règles pour écrire le latin " et est anonyme. Il est haut de 19 cm, large de 12, et comporte 268 pages numérotées, outre 16 non numérotées comprenant les index analytiques. Il est calligraphié en grands caractères anglais, élégants et uniformes, d'une seule main, toujours sur le même papier vergé, traversé de vergeures distantes de 25 mm l'une de l'autre. Les dimensions du petit livre font que seulement quatre vergeures traversent chaque feuille et que le fili- grane n'apparaît que ça et là, par fragment. J'ai néanmoins réussi à recomposer le dessin de ce filigrane, et j'ai eu la chance de le retrouver dans ma collection privée de papiers vergés du XVlllo siècle. Grâce à cela, je suis en mesure de préciser avec certitude que le papier, utiltsé pour le petit traité étudié, fut celui de la fabrique hollandaise Van der Ley. Ce nom figure en toutes lettres dans le filigrane, surmonté d'un grand écu avec des boucles et des volutes, ayant, au centre, un cor de chasse et surmonté d'une couronne à trois fleurons fleur de lysés, et deux pertes sortant des pointes. Sur l'écu, apparaît un grand chiffre 4, dont la barre horizontale se termine en petite croix, et dont la verticale se prolonge, au contraire, jusqu'au nom de la fabrique, en traversant une lettre V renversée. Deux autres papetiers néerlandais, de la fin du XVlllo siècle, eurent la même marque de fabrique: C. & J. Honig et D. & C. Blauw, dont les noms en filigrane sont écrits avec les mêmes caractères que ceux utilisés par le papetier Van der Ley.

Le papier de ce dernier fut largement diffusé en Europe, que ce soit pour l'impression de livres, que pour la correspondance privée, ainsi que pour les dossiers et actes officiels. Je l'ai trouvé souvent, dans la correspondance privée et les actes des ministres français et, à Trieste, dans la correspondance privée.

Le petit traité est composé spécialement pour le Dauphin, et très exactement "ad usum Delphini", ainsi que l'on disait alors des livres épurés et commentés expressément pour l'instruction de l'héritier du trône de France. Le premier exemplaire était calligraphié à la main, et réservé à la personne de Monseigneur le Dauphin; les autres, imprimés dans une belle édition, et portant en frontispice l'inscription ad usum Delphini, étaient mis dans le commerce. Etant donné la tourmente révolutionnaire et l'accroissement des persécutions contre toute manifestation en faveur de la monarchie, qui n'existait plus dès lors que de nom, il était impossible de penser faire imprimer le traité. C'est ainsi que cet élégant manuscrit doit être considéré sans autre, comme un exemplaire unique, précieux à tant de titres, en dépit de la connaissance incertaine et insuffi- sante de la langue latine que révèle l'auteur.

On peut fixer l'époque à laquelle a été composé ce petit ouvrage entre le 21 juin 1791, date de la fuite ratée à Varennes, et le premier semestre de 1792, quand le Roi Louis XVI, privé de toute autorité, vivait au Palais des Tuileries, avec sa famille, surveillé et tourmenté, à demi prisonnier jusque dans l'intimité de ses propres appartements privés. Ces trois exemples suffisent, je pense, à le prouver:

p. 222: le pense que le Roi sera retabli sur son trône.
Cogito Regem restitutum iri super Thronum suum.


p. 252: Il n' est pensonne qui ne voye combien un Roi est necessaire.
Nemo est quin videat quanto Rex necessarius est (sic).


p. 253: La faiblesse est cause que la France gemit dans le malheur.
Debilitas est in causa cur in Gallia gemat in infelicitate (sic).


La reliure du volume est précieuse et très belle. Elle est toute en maroquin rouge, avec impression or. Sur les deux couvertures, un coin fastueux d'enjolivures et de dentelles florales renfermant, à travers des entrelacs et des arabesques culminant dans une couronne royale disproportionnée, l'écusson de France de forme légèrement ovale avec les trois fleurs de lys. Le livre a les tranches dorées, et pour signet un ruban de soie verte; un simple papier à dessins vert et rouge sur fond blanc forme la page de garde du livre.

Le texte du traité, entièrement écrit dans un cadre formé d'un double trait, est précédé du frontispice qui reproduit le titre Règles I Pour I Ecrire le Latin, et en dessous, séparé par un double trait, la devise de Cicéron :
Non tarn praeclarum est Scire / Latine, quam turpe nescire. Cic. Plus bas encore, on peut lire, toujours renfermé dans le cadre de la page, la date: 1795. (en lettres romains).
C'est l'année de la mort officielle du fils Capet, le petit martyr Louis XVII. La date fut évidemment ajoutée quand arriva la triste nouvelle, lancée et largement répandue par le gouvernement de Thermidor .

Le frontispice est précédé du portrait du pauvre petit Roi et d'un encart blanc, visiblement ajoutés l'un et l'autre, et certainement en ces tristes jours.
Le papier de l'encart, bien qu'il ait la même vergeure et les mêmes fils que les autres, n'a pour filigrane qu'un écusson, semblable, par la forme et la couronne, à celui de la firme Van der Ley, mais comportant en son centre un lion rampant.

La gravure sur cuivre avec l'effigie royale eut ses marges diminuées pour pouvoir l'insérer dans le petit volume. Dans un ovale, l'image de Louis XVII se détache sur fond noir, en demibuste, le visage tourné vers la droite, avec jabot, manteau royal, le collier du Saint-Esprit, et sur les longs cheveux frisés, la lourde couronne de Saint-Louis. Entre les deux traits qui entourent l'ovale, on peut lire en bas à gauche H. I. delint., et à droite Hibbert sculpt. En dessous, se trouvent les armoiries royales de France, avec la couronne et le collier du Saint-Esprit, qui séparent la légende : Louis Dix Sept / Roi de France et de Navarre / né à Versailles le 27 mars 1785.

Et, plus bas encore, on peut lire en caractères plus réduits : Publié et présenté à L.A.R. Mes Dames de France I par Barbiellini place de la Minerva Rome.
Il s'agit de la gravure que l'éditeur-libraire, Francesco Barbiellini, publia, pour être distribuée à Rome, à Saint-Louis des Français, le 25 août 1793, jour de la fête de Saint-Louis IX Roi de France, à l'issue d'un service funèbre en l'honneur de Louis XVI, durant la solennelle cérémonie , propitiatoire célébrée pour obtenir du Très-Haut la paix dans le royaume de France, sous le sceptre du fils et héritier légitime de l'Auguste Monarque décapité (3) .

Dans le choeur royal de la belle église du XVlo siècle, assistaient, émues, à cette fête du Roi, survenant cette année-Ià en de si tragiques circonstances, les deux Princesses de France, exilées, auxquelles Barbiellini avait voulu dédicacer le portrait du nouveau Roi, le prisonnier que la Révolution continuait à tenir reclus dans la tour du Temple. Ce portrait est, ainsi que j'ai pu le constater, la reproduction, avec toutefois des différences marquées. de l'effigie de louis XVII, gravé par une main anonyme au lendemain du régicide, et diffusée clandestinement un peu partout à l'époque de la Terreur. Cette effigie est rarissime parce que la majeure partie des exemplaires fut confisquée et détruite, et parce que celui qui la possédait, s'il était découvert, risquait la guillotine, à peu près de même que si on trouvait sur lui un des trois signes symboliques de reconnaissance dont disposait le parti royaliste. Sur les dessins respectifs et semblables de ces signes -surtout en gravure -on retrouvait, dans les contours blancs d'une urne funéraire et du tronc du saule pleureur qui la surmontait, les profils du Roi, de la Reine, de Madame Royale, et enfin de louis XVII, qui devait être mordu par le serpent de la Révolution.

Les Princesses Marie Adélaïde et Victoire Louise, auxquelles l'éditeur Barbiellini dédia le portrait du petit Roi prisonnier, étaient, ainsi qu'on le sait, les filles célibataires du Roi louis XV et de la Reine Marie leczinska, les tantes de Louis XVI, qui, en 1791, pour pratiquer librement leur religion, avaient quitté la France, en proie aux factions et s'étaient réfu- giées à Rome, accueillies paternellement, et avec tous les honneurs, par le Pape Pie VI. Elles s'étaient installées chez l'Ambassadeur de France, Cardinal Duc de Bernis, au palais de Carolis, aujourd'hui siège de la Banco di Roma, via Corso 307 (autrefois Corso Umberto 1), à peu de distance donc de la place de la Minerva et de l'église Saint-louis des Français (4) .

Comment et par qui notre petit traité est parvenu entre Ies mains de Mesdames Tantes?, il ne nous a pas éte donne de le savoir. De toutes façons, les deux Princesses le considérèrent comme une précieuse relique de leur famille, fauchée par la Révolution, et quand. elles apprirent que le petit louis XVII aussi etait mort, elles en ont fait inscrire I'année sur le frontispice, et insérer son portrait dans le volume.

Mesdames de France restèrent à Rome jusqu'en 1796, quand, à la suite d'une avance menaçante des armées de la république qui inondaient l'Italie, elles se retirèrent dans la villa de San Leucio, mise à leur disposition par Ferdinand IV de Bourbon, Roi de Naples. Elles durent fuir deux années plus tard pour les mêmes raisons et, après d'infinies errances désespérées, et diverses péripéties, elles traversèrent le territoire napolitain en révolte, pour finir par rejoindre Trieste par mer, le 19 mai 1799, exténuées au physique et au moral. C'est là, que moururent Victoire Louise le 7 juin suivant, et Marie Adélaïde le 27 février 1800. Leurs dépouilles restèrent ensevelies à San Giusto, jusqu'au début de la Restauration. quand leur neveu, le Roi Louis XVIII, le 12 novembre 1814, les fit solennellement transporter en France sur une frégate. Le 21 janvier 1817, elles furent ensevelies dans la crypte de l'abbaye parisienne de Saint-Denis, à côté de quarante générations de Rois, dont les tombes furent profanées sous la Terreur (5) .

Le souvenir de ces deux princesses, auxquelles Goldoni, à Versailles, avait appris l'italien et le vénitien de ses comédies, est toujours vivant à Trieste, grâce à un ostensoir, chef-d'oeuvre de l'orfèvrerie parisienne, dont Louis XVIII fit don à San Giusto et à un merveilleux vase de Sèvres et â un portrait du Roi Charles X, précieuse copie à l'huile de la main de Nesse de la célèbre toile de Gérard, ceux-ci cadeaux de ces deux souverains, qui sont conservés au Musée Revoltella. A la bibliothèque municipale, nous avons cependant le moins voyant, mais en même temps le plus émouvant des souvenirs: les règles pour écrire le Latin du Dauphin

En fait, au pied du frontispice de la petite grammaire, on peut lire l'annotation suivante, rédigée dans une belle écriture soignée: "Ce livre est précieux, Monsieur le Dauphin / de France s'en étant servi

Lui même pour Son / instruction, & étant un Don que Mesdames les /Princesses de France en firent à la Bibliothèque / de Trieste, lors de Leur Séjour en la dite Ville l' An 1798 ".

La note referme une erreur de date: Mesdames, je le répète, rejoignirent Trieste en 1799, et non en 1798. Je pense, par conséquent, qu'elle a été composée quelques années après que le livre ait été donné. D'après l'écriture, il ressort qu'elle est de la main de Giuseppe de Coletti, lequel a fondé notre Bibliothèque en 1793, en dirigeant donc le destin jusqu'à sa mort, en 1815. Nous savons que cet acadien, toscan d'origine, mais natif de Rome, auquel la culture triestine doit tant, réorganisa la Bibliothèque après le passage de la tourmente napoléonienne, dans 1e climat de paix retrouvé, alors qu'il avait déjà 70 ans. Et durant ce travail, auquel la mort mit fin à sa moitié, il se complut à porter des explications en tête de quelques volumes, pour en faire connaître la provenance, ou en valoriser le contenu.

Coletti suivit, avec angoisse et haine, les développements de la Révolution, et prit vivement part au martyre de Louis XVI et de sa famille; c'est ce qui paraît dans les vers qu'il nous a laissés et dans les innombrables colonnes de son Osservatore Triestino dédiées à ces événements sanglants. Dans sa bibliothèque, qui fut créée d'abord dans le giron de l'Academia degli Arcadi Romani-Sonziaci, et qui devint ensuite municipale, il recueillit tout ce qu'il put trouver de mieux de la littérature française, qu'il préférait et admirait beaucoup, et il accueillit avec empressement tous ceux, qui, parmi le millier et plus d'émigrés français s'abritant là de la Révolution, souhaitaient approfondir leurs connaissances de la littérature (6) . Il leur prêta même souvent, contre reçu, des livres à emporter chez eux, et aida ceux, qui, comme ce fut le cas pour cette délicate femme savante que fut la Comtesse de Pontgibaud, se constituèrent à Trieste leur propre bibliothèque. Il ne fut pas avare de conseils envers ces émigrés et, au contraire, s'occupa en personne de leurs ordres de librairie en France, où ils figuraient encore sur les listes de proscription. Pour les aimables attentions dont Monsieur de Coletti avait usé envers lui, le chanoine Rousseau de Lepinoy, déjà confesseur de Madame Marie Adélaïde, légua, à sa mort, à notre Bibliothèque, ses livres et divers objets d'art (7) .

La duchesse Françoise de Narbonne-Lara, née de Chalus, principale majordome et dame d'honneur de cette princesse, qui demeura ensuite : à Trieste jusqu'en 1811 -elle habitait dans l'actuelle villa Necker -fré- quenta assidûment notre Bibliothèque, et Coletti lui rendait souvent visite, entrant ainsi en contact avec les plus illustres émigrés de France demeurant à Trieste, ou qui y étaient de passage (8) . Cette dame, à la mort de Madame Adélaïde, distribua divers souvenirs de la défunte et de Madame Victoire, prédécédée, auxquelles notre ville avait apporté des adoucissements à la douleur de l'exil et qui avait entouré de respectueuses prévenances les tantes des Rois martyrs. C'est ainsi que reçurent des souvenirs: le Gouverneur comte Pompeo de Brigido et sa famille, le Consul d'Espagne Don Carlos de Lellis, qui avait hébergé Mesdames dans son palais, le patricien Leopoldo de Burlo, qui avait recueilli les deux dépouilles royales dans son caveau à la Cathédrale, et le Colonel Marquis Albert François de Moré, Comte de Pontgibaud, devenu à Trieste le commerçant et le banquier Giuseppe Labrosse, et son épouse, et quelque autre émigré de France. Les souvenirs consistèrent en objets utilisés par les deux Princesses, en ouvrages confectionnés de leurs mains, en miniatures, en bijoux, en lettres écrites à Mesdames par Louis XVI et sa famille, et en livres aux somptueuses reliures armoriées, qui avaient déjà appartenu à la bibliothèque, quelles avaient possédés dans leur château de Bellevue, et qu'elles avaient emportés avec elles en exil.

Il est logique de penser que le dévoué et serviable bibliothécaire de Co- letti, aussi, a bénéficié de ces dons, et qui peut exclure que celui qu'il n'a reçu n'ait pas justement été la petite grammaire latine dont nous nous occupons, et ceci nonobstant l'annotation attestant que le livre est un don de Mesdames elles-mêmes? Le traité était, aux yeux des deux augustes exilées, une relique trop précieuse de leur famille pour qu'elles renoncent à la posséder de leur vivant. Qu'il me soit donc permis d'avancer l'hypothèse que les Règles pour écrire le latin ont été données au brave Coletti, non directement par les deux tantes de Louis XVI, mais par la Duchesse de Narbonne, en 1800, après le décès de Marie Adélaïde de France. Le cadeau, dans ce cas, ne perd en rien de sa valeur sentimentale; il constitue toujours une marque de gratitude envers Trieste, pour la généreuse hospitalité accordée de leur vivant et à leur mort aux deux exilées royales, et démontre en même temps la confiance inébranlable mise dans notre Bibliothèque en la constituant gardienne d'un livre manuscrit qui réunit dans une même mémoire Louis XVI et son malheureux fils.

Nous inclinons pour cette thèse, et pensant que la duchesse de Narbonne se sera rendue compte de l'extrême difficulté qu'il y avait à le faire parvenir jusqu'en Courlande, à Mitau, où le frère du Souverain i guillotiné, ce Comte de Provence, qui, à la mort du Dauphin, s'était proclamé Roi sous le nom de Louis XVIII, et Madame Royale, libérée de la prison du Temple et venue épouser son cousin le Duc d'Angoulême, vivaient dans la gêne d'une vie obscure. La Restauration semblait d ésormais bien lointaine, si ce n'est irréalisable. La Vendée était complètement vaincue; l'armée du Prince de Condé était sur le point d'être dissoute et en France, Bonaparte, le Premier Consul, gouvernait d'une main de fer, écrasant tant les royalistes que les jacobins.

Le visiteur de notre Bibliothèque municipale, après avoir admiré les précieuses collections de Pétrarque et de Piccolomini dont elle est justement fière, se doit d'examiner aussi les Règles pour écrire le Latin. Le manuscrit s'impose à tous ceux qui se passionnent pour cette époque, souillée de sang et auréolée d'une gloire, qui commence avec la prise de la Bastille et se termine dans la plaine de Waterloo. Pour lès âmes sensibles, il remémore, à une si grande distance de la scène parisienne où elle s'est déroulée, la tragédie du Temple et la petite silhouette de la , plus innocente et de la plus pitoyable victime de la Révolution Française. Cette petite grammaire se relit facilement à certains épisodes que nous ont transmis les historiens et les mémorialistes. De Beauchesne (9) , après avoir parlé des commissaires principaux qui, par groupe de six, exerçaient la surveillance sur tous les détails du service, précise que celle-ci concernait jusqu'aux bases de l'éducation à donner à l'ex-Dauphin, de telle sorte que le Roi déposé se voyait atteint aussi dans ses prérogatives de père. Et il en cite pour preuve divers exemples, dont deux se rapportent expressément aux leçons de latin.

"Un jour, Louis XVI, la grammaire latine en mains, posait des questions à son fils, et ce dernier, dans sa réponse, prononça de façon erronée un mot plutôt difficile, sans qu'il ne le corrige. Alors, un des commissaires présents se leva brusquement en prononçant ces mots:
Vous devriez bien enseigner à cet enfant une meilleure prononciation étant donné que par les temps qui courent, il aura peut-être plus d'une fois l'occasion de parler en public.
Le Roi répondit avec douceur:
Vous avez raison, Monsieur, votre observation est tout à fait juste, mais mon fils est encore trop petit, et je crois qu'il faut attendre que le temps et l'habitude lui délient la langue "

"Un autre jour, le municipal Leclerc interrompit la leçon, trouvant exces sivement inconvenants certains exemples qui suivaient quelques règles de grammaire, et se mit à discourir sur l'éducation républicaine qui de. vait, au contraire, être inculquée au garçon. Il faut que celui-là vive la vie de son temps, dit-il, et non celle des temps passés, et en conséquence, selon lui, il était mauvais que son père lui fasse traduire des passages tirés jusque de l'Esprit des Lois de Montesquieu "

Lenotre (10) écrit: " Le 11 décembre 1792, alors que Louis XVI donnait à son fils une leçon de lecture latine, deux municipaux se présentèrent en annonçant qu'ils venaient chercher le petit Louis pour le conduire au. près de sa mère. Le Roi embrassa longuement l'enfant qu'il ne devait plus revoir avant l'entretien déchirant qu'il eut avec sa famille, le 20 janvier 1793, la veille de son supplice ".

Peu après, la Reine, veuve Marie-Antoinette, décida que les leçons d'écriture, de géographie et d'histoire, devaient être reprises, et ellemême, sa belle-sreur Madame Elisabeth, et Madame Royale, la soeur de quinze ans du Dauphin (11) ., s'en chargèrent. En ce qui concerne le latin, la Reine en considéra l'enseignement comme indispensable pour développer l'esprit de son fils et puisque, comme toutes les autres Archiduchesses, elle aussi avait reçu à la Cour de Vienne une éducation basée sur la langue des Césars, elle put se mettre facilement à lui en enseigner les rudiments.

C'est encore De Beauchesne qui nous le raconte. Je ne crois pas cependant que les Règles pour écrire le Latin servirent encore à cet effet:

Louis XVI déjà. après trois mois de détention, avait demandé au Conseil Général de la Commune 33 ouvrages pour son usage et pour son fils, parmi lesquels figuraient plusieurs classiques latins et le texte très répandu et célèbre de Charles-François Lhomond, intitulé " Eléments de la grammaire latine à l'usage des collèges " (12) . Il avait déposé cette demande au conseil du Temple le 21 novembre 1792, et les livres, achetés spécialement aux frais de la Commune, lui furent livrés le 25, alors qu'il s'en manquait à peine de deux semaines du jour où il devait être définitivement séparé de son enfant.

Je suppose. en conséquence, que le petit traité qui se trouve dans notre Bibliothèque municipale aura été entreposé dans les greniers de la grande tour, où furent entreposés les objets ayant appartenu auparavant à Louis Capet. et que, de là, comme tant de ces objets, il aura été soustrait par quelque commissaire ou domestique dans un but de lucre. Nous savons qu'à cette époque à Paris, on payait à prix d'or toute relique du Roi décapité.

Le manuscrit n'avait attiré jusque-Ià que l'attention de quelque érudit (13) . Le seul qui lui ait consacré un article spécifique fut le colonel Francesco Vairo dans le Piccolo della Sera du 9 avril 1926 (14) : article réédité ensuite, après révision, dans le même journal, le 18 février 1939(15) .

Vairo, cependant. constatant l'erreur sur l'année d'arrivée chez nous de Mesdames, et la présence étrange dans le volume du profil du Dauphin coiffé de la couronne royale, avait mis en doute l'authenticité du manus- crit et conclu par ces mots: "je serais heureux si d'autres revenaient sur le travail accompli pour dissiper mes doutes... Ce petit problème de recherche attend encore sa solution "(16)

Je me suis efforcé maintenant de trouver cette solution. et je pense y avoir réussi dans un sens positif et convaincant.

Note:
L'effigie mentionnée de Louis XVII couronné, répandue à Paris au lendemain du régicide, était -en examinant avec soin l'iconographie du petit Prince -la reproduction en habit royal du portrait du Dauphin à 5 ans ( 1790), peint par Miéry et gravé par A.Gabrieli, et qui fut alors vendue à Coblence par un entreprenant imprimeur anonyme -avec, en dessous, une didascalie allemande -parmi les combattants des armées royales et les émigrés établis le long des rives du Rhin. Pour les traits somatiques plus mûrs du visage, l'effigie contenue dans notre traité s'inspire plutôt de la gravure sur cuivre de N .Heideloff, publiée à Londres en 1793, qui reproduit le petit Roi en entier et toujours en habit royal, et dont la physionomie semble copiée sur une gravure qui se vendait à Paris, après la déposition de Louis XVI (derniers mois de 1792), du fils du dernier Roi des Français, représenté en habit civil, à l'age de sept ans.


NOTE

(1)

A. DE BEAUCHESNE "Louis XVII: Sa vie, son agonie, sa mort"
Paris, Plon, 1861 vol. I, pp.233-237e 243-216

R. Chantelauze :"Louis XVII:Son enfance, sa prison et sa mort au Temple."
Paris Firmin-Didot 1895, p 77

F.ckardt: "Mémoires sur Louis XVII"
Paris Albin Michel c.1905, pp 43-44

Clery: "Journal de ce que c'est passé à la Tour du Temple pendant la captivité de Louis XVI Roi de France"
Paris 1825, p 32


(2)

Baron de Hüe: "Souvenirs"
Paris, Calmann Lévy 1903. pp 89-90


(3)

E. de Barthélemy: "Mesdames de France filles de Louis XV"
Paris Didier e cic 1870, p 431 Diego Angeli : "Storia Romana di trenta anni (1700-1800)
Milano, Treves 1931. p 216


(4)

Alessandro Bocca:"Il palazzo del banco di Roma: Storia-cronache-aneddoti"
Roma, Staderini 1950, pp 133-143


(5)

Oscar de Incontrera:
"La Basilica di San Giusto: Cenni storici e note note descrittive"
nel settimanale "Vita nuova", puntate 69-79 (5/4-216/1925;

"Guida storico-artistica della Basilica di san Giusto"
Trieste Trani 1928, pp 62-63 e 123-129;

"Le origini del consolato di Spagna e la caratteristica figura del Console de Lellis" in "Porta Orientale" n.ri. 3-4 e 5/1936;

"Chateaubriand a Trieste" in "Archeografo Triestino" vol. XLV-XLVI,1949-1950;

"Giuseppe Labrosse e gli emigrati francesi a Trieste"
Puntate II e VII in :"Archeografo Triestino" vol. I.XVII - IXVIII, 1953-1954,risp. LXXIII/1962


(6)

Oscar de Incontrera:
"Giuseppe Labrosse etc...."
"Vita triestina nel Settecento nelle cronache dell'Osservatore Triestino" in : "Porto Orientale" anni 1953 fino al 1963


(7)

Camillo de Franceschi:
"L'Arcadia Romana-Sonziaca e la Biblioteca Civica di Trieste" in : " Archeografo Triestino" vol. XLIII / 1929-1930 pp.199-200


(8)

Oscar de Incontrera:
"Giuseppe Labrosse etc...."


(9)

A. de Beauchesne. op.cit. vol. I pp. 243-244


(10)

G. Lenotre ; "Le Roi Louis XVII et l'enigme du Temple"
Paris Perrin 1921, pp.88-89


(11)

A. de Beauchesne. op.cit. vol. II p. 17


(12)

Idem vol. I, pp. 517-519


(13)

Il de Franceschi ed io l'avevamo menzionato nelle citate opere; inoltre René Dollot in " Le dernier voyage et la mort de Mesdames Adélaide et Victorie " ("Le Correspondant"- Paris mars 1931) et Jean Duhamel in " A Trieste sur le pas des français"-Trieste 1958


(14)

"Una grammatica di Luigi XVII alla Biblioteca civica?"


(15)

"Un prezioso cimelio alla Biblioteca civica: Un libro del delfino di Francia"


(16)

Francesco vario morì a Trieste il 18 settembre 1953




http://www.madamedepompadour.com/_m_antonietta_fersen